1.635 mètres
Saint-Jacques-des-Allemands Sén Djaco
Le toponyme Saint-Jacques-des-Allemands (Sén Djaco en patois) révèle les origines germaniques de ce village d'altitude qui, situé dans une position stratégique avec ses petites hameaux de quelques maisons dispersées le long de la rive droite de l'Evançon, fait partie d'un territoire colonisé, à partir du XIIe-XIIIe siècle, par une population de la haute vallée du Valais, l'Oberwallis (d'où le nom de ses habitants, les Walliser ou Walser).
Acteurs d’une migration impressionnante vers les vallées au sud du Mont Rose à la recherche de nouveaux pâturages et terres à cultiver, les Walser atteignirent la Vallée d’Ayas et la Vallée de Gressoney en franchissant le Montservin (actuel Col du Théodule) et le Col des Cimes Blanches le long d’un sentier muletier très fréquenté par les marchands et les pèlerins, voie de communication favorisée par l’optimum climatique d’une période historique où les glaciers étaient plus aisément franchissables.
Le Canton des Allemands (Cantone dei Tedeschi), comme on appelait la tête de la vallée, avec Saint-Jacques et les autres communautés dispersées, formait un univers autonome et autosuffisant, pourvu des outils nécessaires à la survie de ses habitants. Comme dans tous les villages, on y trouvait des moulins, des fours, des scieries, des forges et même une petite école, fondée en 1768, liée à la Rectorie, la demeure du prêtre qui célébrait la messe dans la Chapelle de Saint-Jacques l’Apôtre.
La richesse en matières premières particulières, comme la pierre à chaux et la pierre ollaire, a fait de cette région un véritable pôle industriel de pointe. Les déchets de la pierre ollaire ont été utilisés au fil du temps comme entretoises dans les cheminées mais aussi intégrés dans les murs de certains bâtiments et dans le pavage du parvis de la Chapelle de Saint-Jacques l’Apôtre.
Fréquentée par des randonneurs engagés dans des traversées d’un col à l’autre, Saint-Jacques devint, dès la seconde moitié du XIXe siècle, une étape de montagne convoitée mais aussi un lieu où récupérer des forces et soigner le corps et l’esprit. Le souvenir de la rencontre en 1898 de la reine Marguerite, venant de Gressoney, avec l’abrupt Abbé Gorret, recteur du village et grand alpiniste, reste vivant. Dans les années 1930, avec l’épanouissement du tourisme de montagne, de célèbres hôtels comme l’Alpi Rosa, avec 50 chambres, « tout neuf, recommandable », le Grand Tournalin et la Pension Facciabella ouvrirent leurs portes, tandis qu’en 1936, Olivetti d’Ivrea fonda sa première colonie pour les enfants des employés.





Carte de Saint-Jacques-des-Allemands
Maison du notaire Joseph Favre
Cette imposante rascard à l’arrière de la Rectorie, au début du chemin menant au Col de Bettaforcaz, a des origines anciennes. Il fut autrefois la principale voie de communication entre la Vallée d’Ayas et celle de Gressoney.
Les initiales IFN, gravées avec la date de construction (1731) sur le côté du poteau faîtier, font référence au commanditaire et propriétaire, Joseph Favre, notaire, actif de 1711 à 1732.
Bâtiment bifamilial, il comprend un socle en maçonnerie sur trois niveaux, décoré en 1748 avec des fresques dévotionnelles représentant la Notre-Dame d’Oropa et les Saints Joseph et Michel Archange. La rascard proprement dite en bois n’est pas surélevée sur des piliers, mais une corniche saillante avec un bord lisse plâtré entoure le socle en pierre pour arrêter les rongeurs. Les montants des balcons inférieurs sont fixés aux galeries de séchage des céréales, en surplomb par rapport à la façade, et sont couronnés de disques de bois, selon une pratique plutôt rare dans la vallée. Les deux aires de battage sont superposées, comme dans le grand rascard de France de 1721, que le notaire a peut-être choisi comme modèle de référence.



Chapelle de Saint-Jacques Apôtre
Cette imposante rascard à l’arrière de la Rectorie, au début du chemin menant au Col de Bettaforcaz, a des origines anciennes. Autrefois, c’était la principale voie de communication entre la Vallée d’Ayas et celle de Gressoney.
Les initiales IFN, gravées avec la date de construction (1731) sur le côté du poteau faîtier, font référence au commanditaire et propriétaire, Joseph Favre, notaire, actif de 1711 à 1732.
Bâtiment bifamilial, il comprend un socle en maçonnerie sur trois niveaux, décoré en 1748 avec des fresques dévotionnelles représentant la Notre-Dame d’Oropa et les Saints Joseph et Michel Archange. La rascard proprement dite en bois n’est pas surélevée sur des piliers, mais un cordon de dalles saillantes avec le bord lisse plâtré entoure le socle en pierre pour empêcher les rongeurs. Les montants des balcons inférieurs sont fixés aux galeries de séchage des céréales, en saillie par rapport à la façade, et sont couronnés de disques de bois, selon une pratique plutôt rare dans la vallée. Les deux aires de battage sont superposées, comme dans le grand rascard de France de 1721, que le notaire a peut-être choisi comme modèle de référence.
Saint Joseph, à gauche, vêtu de bleu et drapé de brun, tient le long bâton fleuri qui divise idéalement la composition verticalement. En haut, parmi les nuages, le Saint-Esprit, sous la forme de la colombe mystique, irradie des rayons de lumière. À droite, l’Archange Michel, chef de la hiérarchie céleste, est représenté selon l’iconographie traditionnelle tandis qu’il tient de la main gauche l’épée avec laquelle il vaincra, au jour du Jugement, les anges rebelles, et de la droite la balance avec deux âmes posées sur les plateaux, allusion à son rôle de « pesée des âmes ».




Maison du Favre Joy
Sur le mur de cette maison adossée à l’ancien Hôtel Tournalin, à côté d’une fenêtre surmontée d’une grande croix peinte, se trouve une image dévotionnelle bien conservée. La Vierge, représentée dans l’iconographie de la Madonna d’Oropa, est placée au centre, sur un nuage, vêtue de pourpre et drapée de bleu, tandis qu’elle tient l’Enfant Jésus sur son bras gauche. La Vierge et l’Enfant sont couronnés d’une tiare.
L’Enfant Jésus tient dans sa main gauche un petit oiseau blanc, symbole de la passion, tandis que la Vierge tient dans sa main droite une pomme rouge surmontée d’une croix. Mère et Fils portent un collier de perles autour du cou. Jean le Baptiste, vêtu de rouge, tient l’agneau et la croix avec la banderole ECCE AGNVS DEI. Saint Jacques, surnommé le Majeur, premier apôtre martyr et frère de saint Jean l’Évangéliste, porte la tenue typique du pèlerin et tient un bâton avec une gourde desséchée. Sous les deux figures, les inscriptions S. IOANNES BAPTISTA … S. IACOBO MAIOR.
Le Rectorie
Datant de 1760 (date gravée sous une poutre) est la Rectorie, l’imposant bâtiment situé derrière l’église, avec ses longs balcons en bois. La décoration en trompe-l’œil de la façade de style néoclassique, probablement exécutée pendant le rectorat de l’abbé Jean-Baptiste Cerlogne (1879-1883), semble remonter quant à elle à 1880, date peinte sous la poutre faîtière avec les initiales C.R.
C’était la résidence du recteur, le prêtre chargé d’assurer sa présence dans le village pour célébrer la messe dans la chapelle tous les dimanches et jours fériés, pour visiter les malades, administrer les sacrements et même pour enseigner aux enfants à lire et à écrire. À partir de 1768, la Rectorie abritait également l’école. La plupart des recteurs qui se sont succédé de 1879 à 1986 ont apporté des améliorations tant à la chapelle qu’à la Rectorie elle-même, aujourd’hui plus utilisée. Une plaque rappelle les vingt ans de séjour de l’abbé Gorret, également connu sous le nom d’ermite de Saint-Jacques, prêtre, érudit et grand alpiniste, impliqué dans la première ascension du versant italien du Mont Cervin le 17 juillet 1865.
Four
La bouche du four, triangulaire, s’ouvre dans un petit bâtiment avec un toit en pente en ardoise adossé à un gros rocher erratique noirci par les fumées de combustion. Sur le mur à droite de la bouche est dessinée la date 1872. Propriété du village et encore en usage en 1946, il cuisait jusqu’à 70 kg de pain par fournée.
Grotte de Notre-Dame de Lourdes
La grotte a été érigée en 1914 par l’abbé Jean-Baptiste Lemonnier, originaire de France, qui, resté à Saint-Jacques-des-Allemands en tant que recteur de la chapelle de 1905 à 1925, a introduit et diffusé le culte de Notre-Dame de Lourdes parmi les habitants de la vallée. Une plaque commémorative rappelle et célèbre son action.
Les recteurs de Saint-Jacques
Jean-Baptiste Cerlogne (de 1879 à 1883)
Berger, ramoneur, soldat et cuisinier avant de devenir prêtre, Jean-Baptiste Cerlogne fut très connu et estimé en Vallée d’Aoste pour ses nombreuses œuvres littéraires et comme poète en patois. On lui doit le premier « Dictionnaire du patois valdôtain » et encore aujourd’hui le concours dans les écoles pour sauvegarder la langue maternelle du peuple valdôtain porte son nom (Concours Cerlogne). En tant que recteur, il rénova l’étable de la Rectorie pour en faire l’école du village.
Amé Gorret (de 1884 à 1905)
Auteur d’une précieuse autobiographie, du « Guide illustré de la Vallée de Challant ou d’Ayas » et de lettres et articles signés sous le nom de l’Orso della montagna ou de l’Eremita di Saint-Jacques, l’abbé Gorret eut une vie aventureuse dédiée non seulement à l’étude et au sacerdoce, mais aussi à l’alpinisme naissant. Né à Valtournenche en 1836 dans une famille de guides alpins et de prêtres, Gorret fut envoyé étudier au collège d’Aoste, où il fut ordonné prêtre en 1861. Pendant son long séjour à la Rectorie de Saint-Jacques, Gorret vécut une vie errante, qui prit fin en 1884 avec un exil de vingt ans à Saint-Jacques. Son nom est également associé à la première ascension du Cervin du côté italien, le 16 juillet 1865.
Jean-Baptiste Lemonnier (de 1905 à 1925)
Jean-Baptiste Lemonnier introduisit et diffusa le culte de Notre-Dame de Lourdes parmi les habitants de la vallée, en faisant construire en 1914 une reproduction de la grotte de Notre-Dame de Lourdes à l’entrée du village. À la Rectorie, il aménagea un local appelé la Petite Chapelle pour célébrer la messe pendant les froids mois d’hiver.
Jean-Baptiste Favre (de 1925 à 1928)
Recteur et enseignant, Jean-Baptiste Favre commença son service sacerdotal à Valtournenche en 1903 avant de déménager en Val d’Ayas. Il ne resta à Saint-Jacques que trois ans avant de mourir en exil de sa vallée pour échapper à la persécution du régime fasciste.
Don Michele Do (de 1945 à 1986)
Dernier prêtre à recevoir la charge de la Rectorie de Saint-Jacques, Don Michele Do, originaire du Piémont, demanda à être transféré dans le petit village pour méditer et diffuser le message évangélique à la communauté locale. Il fut une figure forte et originale d’homme et de croyant, pasteur passionné et animateur de rencontres. On lui doit l’église en plein air, inaugurée en 1967, et la « Petite fraternité de Casa Favre », une pension-fraternité fondée pendant sa vieillesse.